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ChatGPT enregistre vos frappes clavier : la fonction est bloquée en France, le problème non

18 min de lecture·17 août 2026

OpenAI a commencé à déployer le 13 août 2026 une fonction appelée Computer History dans l'application ChatGPT pour macOS. Elle enregistre ce que vous faites sur votre ordinateur, clics, frappes clavier, raccourcis, changements d'application, et transforme tout cela en mémoires que ChatGPT et Codex peuvent réutiliser. Ces mémoires sont écrites sur le disque en Markdown, et la documentation précise qu'elles ne sont pas chiffrées par la fonction : tout programme lancé sous votre session macOS peut, selon ses autorisations, les lire.

Deuxième information, tout aussi importante : vous ne pouvez pas l'activer depuis la France. La documentation officielle d'OpenAI indique que Computer History est indisponible dans l'Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni. La tentation est donc de refermer l'onglet. Ce serait une erreur : la même idée existe déjà sur les postes Windows de vos équipes, et c'est probablement le seul type d'outil IA que votre charte interne ne couvre pas du tout.

Ce qu'il faut retenir

  • Computer History est optionnel et désactivé par défaut, réservé aux offres Pro, Business et Enterprise, avec autorisation préalable de l'administrateur pour Business et Enterprise.
  • Il enregistre des événements d'interaction, pas des captures d'écran : ni image, ni vidéo, ni micro, ni son système. La navigation privée n'est jamais incluse.
  • Les fichiers d'événements bruts restent 48 heures sur la machine, sont traités sur les serveurs d'OpenAI, puis ne sont pas conservés sauf obligation légale et ne servent pas à l'entraînement.
  • Les mémoires produites sont stockées en local, en Markdown, que la fonction ne chiffre pas, jusqu'à suppression manuelle. Mais quand une mémoire est réutilisée dans un échange, son contenu repart en contexte vers le service.
  • OpenAI prévient elle-même que d'autres programmes tournant sous le même compte macOS peuvent lire ces fichiers, et signale un risque accru d'injection de prompt.
  • La fonction est indisponible en France. OpenAI ne publie pas le motif de cette exclusion et ne donne pas de date d'ouverture.
  • Windows Recall, lui, est disponible en France, avec une architecture de sécurité inverse : instantanés chiffrés, clés protégées par TPM, déverrouillage Windows Hello, inaccessible aux administrateurs.
  • Sur un poste géré par l'entreprise, Recall est retiré par défaut. Sur un Copilot+ PC personnel non géré, il est disponible par défaut. C'est là que se trouve le trou dans vos règles.
  • Si un employeur impose, consulte ou exploite ce type de journal, il se rapproche du régime du contrôle de l'activité, dont la fiche CNIL du 9 juillet 2026 rappelle les conditions. La qualification s'apprécie au cas par cas.

Ce qu'OpenAI a réellement lancé

Computer History remplace Chronicle, une recherche préliminaire qu'OpenAI avait ouverte plus tôt. Ce n'est pas un simple changement de nom : 9to5Mac décrit un système reconstruit, avec une phrase de cadrage d'OpenAI qui pose bien l'ambition : une fonction qui transforme l'activité dans les applications et les sites en mémoires et en frise chronologique utilisables par ChatGPT et Codex.

L'intérêt pratique est réel, et il faut le dire avant de parler des risques. Aujourd'hui, un assistant redémarre à zéro à chaque conversation : vous réexpliquez le contexte, vous recollez les extraits. Une mémoire du poste supprime cette redite. L'assistant sait sur quel dossier vous travailliez et quel fournisseur vous compariez.

Ce qui est capté, ce qui ne l'est pas

La documentation est précise, et cela compte : les résumés de presse ont vite raccourci en « ChatGPT filme votre écran ». Ce n'est pas ce qui se passe.

Sont enregistrés : les clics, la frappe, les raccourcis clavier, les changements d'application, et le contexte exposé par la couche d'accessibilité de macOS.

Ne sont pas enregistrés : les captures d'écran, les enregistrements vidéo, l'entrée microphone, le son système. La fonction ne demande d'ailleurs pas l'autorisation d'enregistrement d'écran de macOS. La navigation en mode privé n'est jamais incluse.

Ce que Computer History enregistre et ce qu'il n'enregistre pas Sont enregistrés les clics, la frappe clavier, les raccourcis, les changements d'application et le contexte d'accessibilité macOS. Ne sont pas enregistrés les captures d'écran, les enregistrements vidéo, le microphone, le son système et la navigation privée. Computer History : le périmètre exact Enregistré Clics Frappe clavier Raccourcis clavier Changements d'application Contexte d'accessibilité macOS Traité sur les serveurs OpenAI, puis écrit en local Non enregistré Captures d'écran Enregistrements vidéo Microphone Son système Navigation privée Aucune autorisation d'enregistrement d'écran demandée Ce que Computer History enregistre et ce qu'il n'enregistre pas Sont enregistrés les clics, la frappe clavier, les raccourcis, les changements d'application et le contexte d'accessibilité macOS. Ne sont pas enregistrés les captures d'écran, les enregistrements vidéo, le microphone, le son système et la navigation privée. Le périmètre exact Enregistré Clics Frappe clavier Raccourcis clavier Changements d'application Contexte d'accessibilité macOS Traité chez OpenAI, écrit en local Non enregistré Captures d'écran Enregistrements vidéo Microphone Son système Navigation privée Pas d'autorisation d'écran demandée
Source : documentation OpenAI « Computer History », relue le 17 août 2026.

Où atterrissent les données

C'est le point le plus mal repris, et celui qui pèse le plus dans une décision d'entreprise.

Les fichiers d'événements bruts sont stockés localement, isolés dans le groupe applicatif de ChatGPT, pour 48 heures maximum. Les mémoires générées sont écrites en fichiers Markdown sous ~/.codex/memories/extensions/skysight/, et y restent jusqu'à ce que l'utilisateur les supprime.

Entre les deux, il y a une étape que beaucoup d'articles omettent : la documentation indique qu'OpenAI traite les fichiers d'événements temporaires sur ses serveurs pour générer les mémoires, qu'il ne les conserve pas après traitement sauf obligation légale, et qu'il ne les utilise pas pour l'entraînement.

Et il y a une troisième étape, encore plus rarement citée. La même page précise que lorsque ChatGPT ou Codex utilise une mémoire dans un échange ultérieur, le contenu pertinent de cette mémoire et des événements d'interaction peuvent être inclus comme contexte, et que ce contenu de conversation peut servir à améliorer les modèles d'OpenAI si les réglages de données du compte l'autorisent.

Autrement dit : la formule rassurante « tout reste sur votre machine » est inexacte. Le stockage persistant est local, la circulation ne l'est pas. Si vous montez un dossier interne sur cette fonction, c'est cette distinction qu'il faut écrire correctement.

Les avertissements d'OpenAI elle-même

Un fournisseur qui documente les limites de son produit rend service. OpenAI en documente trois, à citer telles quelles plutôt qu'à reformuler en douceur.

Premièrement, l'absence de chiffrement. La formulation exacte compte : les fichiers ne sont pas chiffrés par Computer History, et d'autres programmes tournant sous votre compte macOS peuvent être en mesure d'y accéder. Cela ne veut pas dire que votre disque est en clair : FileVault continue de protéger une machine éteinte ou volée. Ce qui n'est pas protégé, c'est la session ouverte, et le risque ajouté est donc celui d'un logiciel déjà présent sur la machine, à qui l'on offre une source de renseignement supplémentaire. Un risque de plus, pas le seul.

Deuxièmement, les outils de communication. The Next Web relève qu'OpenAI déconseille l'usage de la fonction avec les applications de communication tant que toutes les personnes concernées n'ont pas donné leur accord, et recommande d'exclure ce qui touche à la santé, aux finances et aux données personnelles. Traduction pour une PME : votre messagerie, votre CRM et votre paie sont hors périmètre par construction.

Troisièmement, l'injection de prompt. Une mémoire nourrie par le contenu des sites et applications consultés élargit la surface d'attaque : un texte piégé croisé dans la journée peut se retrouver dans le contexte de l'assistant.

Pourquoi la France est hors périmètre

La documentation d'OpenAI est catégorique sur l'exclusion de l'Espace économique européen, de la Suisse et du Royaume-Uni. Elle n'en donne pas la raison, et c'est une donnée à traiter comme telle : on ne sait pas.

Notez aussi la formulation exacte : la documentation parle d'indisponibilité dans ces territoires, sans dire si le critère technique retenu est le pays du compte, la facturation, l'espace de travail ou la localisation effective. « On ne peut pas l'activer depuis la France » est établi ; « un compte français ne l'aura jamais » serait une extrapolation.

Ce schéma de déploiement est courant. Une fonction qui observe en continu l'activité d'une personne soulève des questions de protection des données dont la réponse dépend du traitement concret : finalité, données collectées, destinataires, durée. Sortir d'abord hors d'Europe est une décision d'éditeur, pas un verdict de conformité, et ne dit rien d'une date d'ouverture.

Trois postures s'offrent à une direction, et une seule est mauvaise. Attendre l'ouverture en préparant les règles est raisonnable. Décider par avance de ne pas ouvrir cette fonction, et le dire, l'est aussi. Ne rien faire au motif que « ce n'est pas disponible chez nous » est la seule option qui vous laissera démuni le jour où quelqu'un arrivera avec une machine hors périmètre.

Deux mémoires du poste de travail, deux architectures opposées Computer History enregistre des événements d'interaction, les traite sur les serveurs d'OpenAI et écrit des mémoires en Markdown que la fonction ne chiffre pas, indisponible en France. Recall enregistre des instantanés d'écran, les analyse en local et les stocke chiffrés avec clés TPM, disponible en France sur Copilot+ PC. Deux mémoires du poste, deux architectures opposées Documentations officielles OpenAI et Microsoft, relues le 17 août 2026. Computer History ChatGPT pour macOS, 13 août 2026 Capte : clics, frappes, raccourcis, changements d'application Traitement : serveurs OpenAI Stockage : Markdown local, non chiffré par la fonction Indisponible en France Recall Windows, Copilot+ PC Capte : instantanés d'écran périodiques Traitement : local, sur le NPU Stockage : base locale, chiffrée, clés TPM Disponible en France Le produit le mieux protégé est celui que vos équipes peuvent déjà activer. C'est lui qu'il faut cadrer d'abord. Deux mémoires du poste de travail, deux architectures opposées Computer History enregistre des événements d'interaction, les traite sur les serveurs d'OpenAI et écrit des mémoires en Markdown que la fonction ne chiffre pas, indisponible en France. Recall enregistre des instantanés d'écran, les analyse en local et les stocke chiffrés avec clés TPM, disponible en France sur Copilot+ PC. Deux mémoires du poste, deux architectures Docs officielles, 17 août 2026. Computer History ChatGPT macOS, 13 août 2026 Capte : clics, frappes, raccourcis Traitement : serveurs OpenAI Stockage : Markdown local non chiffré par la fonction Indisponible en France Recall Windows, Copilot+ PC Capte : instantanés d'écran Traitement : local, sur le NPU Stockage : base locale chiffrée, clés TPM Disponible en France
Sources : documentation OpenAI « Computer History » et Microsoft Learn « Manage Recall for Windows clients », relues le 17 août 2026.

Windows Recall : la même idée, déjà activable en France

Pendant que Computer History reste hors de portée, un produit qui répond au même besoin tourne déjà sur des machines françaises. Microsoft l'a conçu autrement, et la comparaison est instructive parce qu'elle montre à quoi ressemble une architecture pensée pour l'entreprise.

Une précision de statut avant tout le reste : dans les pages consultées le 17 août 2026, Microsoft écrit encore « Recall (preview) ». La fonction est déployable, elle n'est pas présentée comme finalisée. Dans une comparaison destinée à une décision, cela se dit.

Recall prend des instantanés d'écran périodiques, les analyse en local sur le processeur neuronal de la machine et permet de les retrouver en langage naturel. La page Microsoft Learn destinée aux administrateurs est explicite : aucune connexion internet ni cloud n'est requise ou utilisée pour enregistrer et analyser les instantanés, et ceux-ci ne sont pas envoyés à Microsoft. La même page mentionne toutefois deux flux résiduels, à ne pas passer sous silence : des données de diagnostic selon les réglages de confidentialité, et la récupération ponctuelle d'éléments web comme les favicons d'un site vu à l'écran.

Le reste de l'architecture va dans le même sens. Les instantanés et la base vectorielle associée sont toujours chiffrés. Les clés sont protégées par le TPM, liées à l'identité Windows Hello de la personne, et utilisables uniquement dans une enclave sécurisée. Lancer Recall exige une authentification biométrique. Et Microsoft écrit noir sur blanc que les administrateurs informatiques ne peuvent ni accéder aux instantanés ni les consulter. Le filtrage des informations sensibles est activé par défaut : quand un contenu potentiellement sensible est détecté, l'instantané n'est pas enregistré.

Le vrai angle mort : les machines personnelles

Sur un parc géré, le cadre est solide. Recall est retiré par défaut des appareils commerciaux gérés, et un utilisateur ne peut pas l'activer de lui-même si la stratégie d'administration ne l'y autorise pas. Un administrateur doit activer explicitement deux stratégies distinctes pour que la fonction devienne seulement disponible, et il ne peut jamais activer l'enregistrement des instantanés à la place de la personne. À noter : les stratégies de filtrage d'applications et de sites, comme celles de stockage, ne s'appliquent qu'aux éditions Enterprise et Education de Windows.

Le trou est ailleurs, et Microsoft le documente lui-même dans sa section consacrée aux appareils personnels : sur un Copilot+ PC non géré, Recall est disponible par défaut, et la personne peut décider seule d'enregistrer des instantanés.

Faites le calcul pour une PME de trente personnes. Combien de commerciaux, de dirigeants ou d'alternants travaillent depuis une machine achetée à titre personnel, jamais inscrite dans un outil de gestion de parc, avec la messagerie professionnelle synchronisée dessus ? Sur ces postes, si la machine est un Copilot+ PC, la mémoire du poste de travail n'est pas une question théorique : elle ne dépend plus que de la personne qui l'utilise.

Le tableau de décision

Apport Origin : aucune des deux documentations ne se compare à l'autre, et les deux éditeurs n'emploient pas le même vocabulaire pour décrire les mêmes objets. Nous avons donc confronté ligne à ligne la page OpenAI et la page d'administration Microsoft, en ne retenant que ce qui est écrit dans l'une ou l'autre. Quand une information n'existe dans aucune des deux, la case le dit plutôt que de combler le vide.

Question Computer History (ChatGPT, macOS) Recall (Windows)
Ce qui est capté Événements d'interaction : clics, frappes, raccourcis, changements d'application Instantanés d'écran périodiques, analysés par reconnaissance de caractères
Sortie du poste Oui. Événements traités sur les serveurs d'OpenAI, non conservés après traitement sauf obligation légale ; une mémoire réutilisée repart en contexte Non pour le cœur de la fonction, instantanés analysés et stockés en local. Restent des données de diagnostic selon les réglages, des éléments web ponctuels, et un export EEE si l'administration l'autorise
Chiffrement du stockage Non chiffré par la fonction. Markdown lisible par un programme de la même session macOS, selon ses autorisations Oui. Instantanés et base vectorielle chiffrés, clés protégées par TPM
Qui autorise Administrateur pour Business et Enterprise, puis opt-in individuel Sur poste géré : administrateur via stratégie, puis opt-in individuel. Sur Copilot+ PC non géré : opt-in individuel seul
L'employeur peut-il lire ? Non documenté par OpenAI Non. Microsoft indique que les administrateurs n'y ont pas accès
Exclusions Applications et sites au choix, liste blanche possible, suppression à l'unité Réglables par la personne ; par stratégie uniquement en éditions Enterprise et Education. Filtrage des contenus sensibles actif par défaut
Matériel requis Mac avec l'application ChatGPT, offres Pro, Business ou Enterprise Copilot+ PC : 40 TOPS, 16 Go de mémoire, 8 processeurs logiques, 256 Go de stockage dont 50 Go libres, chiffrement du disque, Windows Hello
Statut Déployé à partir du 13 août 2026 Encore documenté comme préversion par Microsoft
Disponible en France Non Oui

Ce tableau ne désigne pas un gagnant. Il montre que deux éditeurs répondant au même besoin ont pris des décisions opposées sur le chiffrement et sur la sortie des données. Dans une catégorie aussi jeune, la question à poser à un fournisseur n'est pas « est-ce sécurisé » mais « où va la donnée, et qui peut la lire ».

Ce que dit le droit français si l'employeur s'en mêle

Une nuance d'abord. Ces deux fonctions sont conçues comme des outils au service de la personne qui les active. Ce n'est pas la même chose qu'un dispositif installé par l'employeur pour surveiller. Mais la frontière ne se règle pas par une formule : la qualification dépend de la finalité, du rôle réel de l'employeur, du paramétrage, des données traitées et de qui y a accès. Elle s'apprécie au cas par cas.

Trois questions déplacent le curseur vers le régime du contrôle : l'employeur impose-t-il la fonction, y accède-t-il, en exploite-t-il le contenu ? Si l'une des réponses est oui, il faut regarder ce cadre.

La CNIL a publié le 9 juillet 2026 une fiche consacrée au contrôle de l'activité des personnes employées. Elle rappelle trois conditions cumulatives, qui sont un point de départ et non une analyse de conformité complète.

Le dispositif doit être proportionné à l'objectif poursuivi et ne pas porter d'atteinte excessive aux droits et libertés. L'employeur doit démontrer qu'aucun moyen moins intrusif n'existe.

Le comité social et économique doit être consulté préalablement. L'article L. 2312-38 du Code du travail impose de l'informer et de le consulter avant la décision de mettre en œuvre des moyens ou techniques permettant un contrôle de l'activité des salariés. Ces attributions consultatives concernent les entreprises de cinquante salariés et plus. L'absence de consultation rend la mise en œuvre illicite.

Le dispositif doit être porté à la connaissance des personnes concernées avant son installation.

La même fiche ajoute ce qui se prouve : finalité déterminée, nécessité, données strictement nécessaires, durée de conservation, habilitations d'accès, documentation. Cocher les trois premières cases ne suffit pas.

Deux points de la fiche visent directement notre sujet. La surveillance constante est généralement considérée comme excessive. Et le keylogger utilisé pour surveiller une personne en télétravail y est cité comme disproportionné, précisément parce qu'il capte aussi des données privées. Sur les captures d'écran régulières, la position s'établit plutôt par les décisions de la CNIL, par exemple sa sanction de 40 000 euros du 4 février 2025 contre une entreprise du secteur immobilier, qui visait un logiciel prenant des captures d'écran toutes les 3 à 15 minutes.

Traduction opérationnelle : un journal exhaustif de l'activité imposé par l'employeur se heurte de front à ces critères. Un outil activé par la personne n'est pas pour autant hors de tout cadre : sur un poste professionnel restent le RGPD, la minimisation, la conservation, les données de collègues ou de clients qui transitent à l'écran, et le secret des correspondances. Fixer un périmètre et ne pas y puiser est nécessaire, pas suffisant, et ne remplace pas un avis juridique sur votre situation.

Sur la partie données personnelles et analyse d'impact, notre guide sur les obligations RGPD quand on utilise un outil d'IA détaille ce qui se déclenche à partir du premier outil branché.

Les trois questions à trancher avant d'autoriser

Pas besoin d'un chantier de trois mois pour commencer. Une réunion cadrée peut déjà produire trois réponses écrites, quitte à les faire relire ensuite.

Les trois questions à trancher avant d'autoriser une mémoire du poste Première question : qui décide et sur quel type de poste, en distinguant postes gérés, postes personnels et postes sensibles. Deuxième question : quelles applications sont exclues par défaut, en partant d'une liste d'autorisations plutôt que d'interdictions. Troisième question : que se passe-t-il au départ de la personne ou à la remise du matériel. Trois réponses écrites, une réunion 1. Qui décide ? Poste géré : décision d'administration, tracée Poste personnel : à discuter Poste sensible : non 2. Qu'exclut-on ? Partir de ce qu'on autorise, pas de ce qu'on interdit Hors périmètre : messagerie, CRM, paie, banque, visio 3. Et au départ ? Chiffrement du disque obligatoire Purge dans la procédure de départ et de réparation Une réponse manquante sur les trois vaut absence de règle : c'est l'usage individuel qui tranchera à votre place. Les trois questions à trancher avant d'autoriser une mémoire du poste Première question : qui décide et sur quel type de poste. Deuxième question : quelles applications sont exclues par défaut. Troisième question : que se passe-t-il au départ de la personne ou à la remise du matériel. Trois réponses écrites 1. Qui décide ? Poste géré : administration Poste personnel : à discuter Poste sensible : non 2. Qu'exclut-on ? Autoriser, plutôt qu'interdire Hors périmètre : messagerie, CRM, paie, banque, visio 3. Et au départ ? Chiffrement du disque Purge à la sortie Purge avant réparation
Grille de décision Origin Education, construite à partir des options d'exclusion documentées par OpenAI et Microsoft.

Qui décide, et sur quel type de poste ?

La réponse ne peut pas être « chacun fait comme il veut ». Distinguez trois catégories de machines : les postes gérés par l'entreprise, les postes personnels utilisés pour le travail, et les postes de personnes qui manipulent des données particulièrement sensibles, paie, santé, contentieux, dossiers clients confidentiels.

Sur la troisième catégorie, la réponse par défaut est non, et elle se justifie seule. Sur la première, c'est une décision d'administration, donc traçable. Sur la deuxième, c'est le seul cas où il faut vraiment discuter, et le seul où vous n'avez aujourd'hui aucun levier technique.

Qu'exclut-on par défaut ?

Les deux produits offrent des exclusions par application et par site. Ne partez pas de la liste des choses à interdire, elle sera toujours incomplète. Partez de la liste des choses à autoriser : la suite bureautique, le navigateur pour les recherches métier, l'outil de gestion de projet.

Sont exclus par défaut la messagerie, l'outil de relation client, la paie et les ressources humaines, la banque, tout ce qui touche à la santé, et les visioconférences. Cette dernière exclusion n'est pas du zèle : OpenAI recommande d'exclure les outils de communication tant que toutes les personnes concernées n'ont pas donné leur accord, et vos interlocuteurs en réunion n'ont rien signé.

Que se passe-t-il quand la machine part ?

Un départ, un vol, une panne, un ordinateur envoyé en réparation. Une mémoire du poste est un condensé de plusieurs mois de travail dans un dossier local, que la fonction ne chiffre pas sur macOS.

Trois gestes à écrire : le chiffrement du disque est obligatoire sur toute machine où la fonction est active, la suppression de la mémoire entre dans la procédure de départ au même titre que la restitution du badge, et une machine confiée à un tiers passe par une purge documentée.

Mise en pratique : un cabinet de conseil de trente personnes

Scénario illustratif : un cabinet de conseil, trente personnes, parc mixte. Une quinzaine de MacBook fournis, quelques PC Windows récents, une poignée de machines personnelles chez les associés et les nouveaux arrivants. Les chiffres de cet exemple sont à remplacer par vos données.

Première question, qui décide. Le cabinet distingue trois lots. Les MacBook fournis sont gérés : la décision appartient à la direction, qui n'a rien à trancher aujourd'hui puisque la fonction n'est pas ouverte en France, mais écrit la règle maintenant. Les postes des consultants chargés des contentieux passent en catégorie sensible : réponse non, quelle que soit la fonction et quel que soit l'éditeur. Restent les machines personnelles, sur lesquelles le cabinet n'a aucun levier technique et doit passer par la règle écrite et par la conversation.

Deuxième question, le périmètre. Le cabinet part de ce qu'il autorise : la suite bureautique, le navigateur pour la recherche documentaire, l'outil de gestion de projet. Deux exclusions sont notées comme non négociables. La messagerie, parce qu'elle contient les échanges clients. Les visioconférences, parce que les personnes en face n'ont donné leur accord à rien, ce qu'OpenAI recommande explicitement de vérifier.

Troisième question, la sortie. Le cabinet ajoute deux lignes à sa procédure de départ existante : suppression des mémoires locales, et vérification que le chiffrement du disque était bien actif. La même ligne s'applique quand un portable part chez un réparateur.

Bilan de la réunion : trois décisions écrites, aucune ligne de configuration à changer aujourd'hui, et un point à faire trancher par le conseil du cabinet sur le poste personnel. Surtout, la conversation a eu lieu avant que quelqu'un n'active la fonction, pas après.

Les trois phrases à ajouter à votre charte cette semaine

Si vous avez déjà une charte IA, elle parle probablement de ce que l'on saisit dans un chat, et pas d'une mémoire qui se remplit toute seule. Trois phrases comblent le trou.

« L'activation d'une fonction de mémoire du poste de travail, telle que Computer History dans ChatGPT ou Recall dans Windows, est soumise à l'accord écrit de la direction, quel que soit le propriétaire de la machine. »

« Sur toute machine où une telle fonction est activée, la messagerie, les outils de relation client, la paie, les outils bancaires et les visioconférences sont exclus du périmètre d'enregistrement. »

« La suppression des mémoires du poste fait partie de la procédure de départ et de toute remise de matériel à un tiers. »

Si la charte elle-même reste à écrire, notre modèle de charte IA d'entreprise donne la structure complète, et le guide sur les données confidentielles dans ChatGPT au travail traite le cas voisin, celui des informations que l'on saisit soi-même dans une conversation.

Le vrai sujet n'est pas l'interdiction

Il serait confortable de conclure par « bloquez tout ». Mais l'interdiction sans explication ne tient pas : elle produit du contournement, et le contournement se fait sur des comptes personnels, hors de toute visibilité.

L'INSEE indique qu'en 2025, 18 % des entreprises françaises utilisaient l'intelligence artificielle. Le périmètre compte : entreprises de dix salariés ou plus, secteurs principalement marchands, hors agriculture, finance et assurance. Ce chiffre mesure l'usage déclaré au niveau de l'entreprise, pas le nombre de personnes qui ouvrent un assistant dans la journée. Personne ne publie ce second chiffre, et c'est précisément le problème : ce qui n'est pas déclaré ne se pilote pas. Une fonction qui s'active en deux clics sur une machine personnelle se déclare encore moins.

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle demande d'ailleurs, à son article 4, aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d'IA de prendre des mesures pour garantir un niveau suffisant de maîtrise de l'IA de leur personnel, en tenant compte de leurs connaissances et du contexte d'utilisation. Notre article sur la formation IA rendue obligatoire par l'AI Act détaille ce qui est attendu et à partir de quand.

Une équipe formée sait pourquoi la messagerie est hors périmètre. Elle sait qu'un fichier Markdown que l'application ne chiffre pas se lit avec n'importe quel éditeur de texte. Elle sait poser la bonne question à un fournisseur. C'est cela qui protège une PME, bien plus qu'une ligne dans un règlement intérieur que personne n'a lue.

FAQ · L'IA qui observe le poste de travail

Qu'est-ce que Computer History dans ChatGPT ?

C'est une fonction optionnelle de l'application ChatGPT pour macOS, déployée à partir du 13 août 2026. Elle transforme votre activité dans les applications et les sites en mémoires réutilisables par ChatGPT et Codex. Elle enregistre des événements d'interaction : clics, frappes, raccourcis clavier, changements d'application, et le contexte exposé par l'accessibilité macOS. Elle ne prend ni capture d'écran, ni enregistrement vidéo, ni son.

Computer History est-il disponible en France ?

Non. La documentation OpenAI indique que la fonction n'est pas disponible dans l'Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni. On ne peut donc pas l'activer depuis la France aujourd'hui. La documentation ne précise pas si le critère retenu est le pays du compte, la facturation ou la localisation, ne publie pas le motif de l'exclusion et ne s'engage sur aucune date d'ouverture.

Les données de Computer History restent-elles sur l'ordinateur ?

Le stockage persistant, oui ; la circulation, non. Les fichiers d'événements bruts restent en local 48 heures maximum et les mémoires sont écrites en Markdown sur la machine. Mais les événements sont traités sur les serveurs d'OpenAI pour générer ces mémoires, sans être conservés après traitement sauf obligation légale. Et lorsqu'une mémoire est réutilisée dans un échange, la documentation indique que son contenu peut être envoyé comme contexte, et que ce contenu de conversation peut servir à améliorer les modèles si les réglages de données du compte l'autorisent.

Windows Recall est-il un keylogger interdit par la CNIL ?

Non, ce sont deux choses différentes. Recall capture des instantanés d'écran chiffrés, en local, déverrouillés par Windows Hello, et Microsoft indique que les administrateurs ne peuvent pas les consulter. La CNIL vise les dispositifs par lesquels un employeur contrôle l'activité de ses salariés. Un outil activé par la personne pour son propre usage n'est pas d'emblée un dispositif de contrôle, mais la qualification s'apprécie au cas par cas, selon la finalité, le paramétrage, les données traitées et le rôle réel de l'employeur.

Un employeur peut-il imposer une mémoire du poste de travail à ses salariés ?

Difficilement. La fiche CNIL du 9 juillet 2026 rappelle trois conditions cumulatives : un dispositif justifié et proportionné, une consultation préalable du CSE dans les entreprises de cinquante salariés et plus, et une information des personnes avant la mise en œuvre. Elle cite la surveillance constante comme généralement excessive et le keylogger en télétravail comme disproportionné. Un journal exhaustif de l'activité imposé par l'employeur se heurte donc frontalement à ces critères, et ces trois conditions ne suffisent pas à elles seules à établir la conformité.

Que faut-il écrire dans la charte IA à propos de ces fonctions ?

Trois choses au minimum : qui décide de l'activation et sur quel type de poste, quelles applications et quels sites sont exclus par défaut, et ce qui se passe quand la personne quitte l'entreprise ou que la machine est perdue. Une charte qui ne parle que des données saisies dans un chat ne couvre pas une mémoire qui se remplit toute seule en arrière-plan.

Former avant d'autoriser

Une mémoire du poste de travail n'est pas un réglage de plus : c'est un déplacement de la frontière entre ce que l'on confie à un outil et ce qu'il prend de lui-même. Les équipes qui s'en sortent ne sont pas celles qui ont le règlement le plus strict, ce sont celles qui savent lire une documentation de fournisseur.

La formation IA responsable et conformité sert à cela : décider en connaissance de cause, écrire des règles que les équipes appliquent, et prouver la démarche. Si votre besoin est d'abord d'outiller le quotidien sans se mettre en danger, la formation IA et productivité au quotidien part des usages réels.

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Sources

Pierre Beunardeau

Pierre Beunardeau

Co-fondateur, Origin Education

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